6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 21:07

Dialogue (presque) imaginaire...
Les propos qui suivent sont tirés pour Kert de son blog, et pour la ministre de la culture, de l'article paru dans le Monde

C. Kert
Mon amendement tend à autoriser des rabais plus tôt que les 2 ans prévus, délai au bout duquel même un lecteur initialement intéressé, mais rebuté par le prix, aura oublié l’ouvrage (...)

C. Albanel
Le manuscrit inachevé d'Irène Némirovsky, Suite française, a mis plus de soixante ans avant d'être découvert et enfin lu(...)

C. Kert
Je veux donc qu’il se vende plus de livres. Et non pas moins de livres. Je veux que le lecteur puisse accéder, au bout de 6 mois, ou un an, à un rabais.(...)

C. Albanel
Croire que l'on fera ainsi baisser le prix du livre est également une illusion. Les chiffres nous montrent au contraire que la loi est tout sauf inflationniste : ces dernières années, l'évolution du prix du livre a été inférieure à celle de l'indice général des prix à la consommation. L'Angleterre nous fournit un précieux exemple a contrario : en 1995, le Fixed Book Price a été abandonné. Depuis, le prix moyen du livre a augmenté de 49,6 %, alors que l'indice général des prix à la consommation augmentait de 27,6 %, soit une différence de plus de 20 %. Et le nombre de lecteurs n'a pas augmenté, il est même légèrement en baisse !

C. Kert
 (...) Et que ce rabais autorisé soit le même pour tout les libraires, grands ou petits, grands distributeurs ou libraires indépendants. Et je ne vois pas bien où est l’atteinte à la loi Lang dont je persiste à défendre le bien fondé.

C. Albanel
Que se passerait-il si nous raccourcissions de moitié le délai légal avant les soldes ? La grande distribution, qui ne propose que les meilleures ventes, pourrait être tentée de casser les prix sur ces ouvrages, ouvrages dont les librairies indépendantes ont justement besoin pour porter tous les autres titres. Ces dernières ne survivraient pas à un tel bras de fer, et entraîneraient dans leur chute une partie de l'édition, qui repose sur cette même péréquation.

C. Kert
Comme toujours en matière de modernisation d’une loi on a des difficultés à se faire comprendre .

C. Albanel
Je suis ouverte à la discussion, et je souhaite que le Conseil du livre, que j'installerai à la fin du mois de juin, se saisisse de ce sujet : si la modernisation de cette loi se révèle nécessaire, elle se fera ainsi en toute transparence, en concertation avec l'ensemble du secteur. Elle ne se fera pas à la va-vite, au détour d'une loi qui vise à moderniser notre économie et non à mettre en péril le livre et la librairie.

En tous cas, une chose est sûre, le monde du livre, lui, est résolument et unanimement contre ces propositions d'amendements de la loi Lang. Et ils ont parfaitement raison.
Je vous donne à lire ci-dessous le communiqué commun du SLF, SNE, SGL.

Dans le cadre de l'examen du projet de loi sur la modernisation de l'économie à l'Assemblée nationale, des Députés ont élaboré des propositions d'amendements visant à supprimer l'une des dispositions majeures de la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre en réduisant de deux ans à six mois le délai durant lequel les soldes de livres sont interdits.

L'intervention de la Ministre de la culture et de la communication, Christine ALBANEL, et de ses services, ainsi que la mobilisation commune des auteurs, des éditeurs et des libraires à travers leurs organisations professionnelles (Société des Gens de Lettres; Syndicat National de l'édition, Syndicat de la librairie française) a permis d'alerter les parlementaires sur les dangers extrêmes de ces amendements et a favorisé le retrait de celui défendu par un membre du groupe UMP. Il semblerait néanmoins que le second amendement, porté par un Député du groupe «Nouveau Centre», puisse encore être maintenu malgré le vote négatif de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, ce que dénoncent avec la plus grande fermeté les auteurs, les éditeurs et les libraires.

En effet, si cette disposition était adoptée par le Parlement, elle signerait la fin du prix unique du livre et amorcerait un bouleversement total du marché du livre.

La SGDL, le SNE et le SLF rappellent que les conséquences d'une dérégulation du marché du livre seraient, en premier lieu, pénalisantes pour les consommateurs et les lecteurs. En effet, comme cela s'est vérifié à l'étranger - au Royaume-Uni en particulier où le prix unique a été supprimé en 1995 -, la dérégulation du marché du livre emporterait au moins trois effets négatifs : un appauvrissement de l'offre éditoriale, de nombreux titres ne pouvant plus être publiés par les éditeurs, une augmentation du prix moyen du livre préjudiciable au pouvoir d'achat des lecteurs, les éditeurs étant contraints de compenser le manque de recettes lié aux soldes par une augmentation globale de leurs prix et, enfin, des obstacles supplémentaires pour le public dans son accès au livre du fait de la disparition de librairies en centre-ville. Des livres en moins grand nombre, plus chers et moins accessibles, le consommateur, contrairement aux idées reçues, a tout à perdre à cette dérégulation.

Les librairies indépendantes, dont l'une des principales spécificités consiste justement à offrir au public des ouvrages de plus de six mois, ne pourraient résister à l'émergence d'un marché du solde à grande échelle dans les grandes surfaces comme sur Internet. Leur disparition serait dramatique pour la diversité de la création éditoriale et pour la vitalité des centres villes.

Les éditeurs, pour leur part, pâtiraient directement d'un report des achats de nouveautés dans l'attente des soldes, d'un «discount» sur les ouvrages du fonds de leur catalogue ainsi que de la fragilisation ou de la disparition de nombreuses librairies.

Quant aux auteurs, pour autant que le décompte de leurs droits soit praticable, ils ne mettraient pas longtemps à voir leur montant réduit à bien peu de chose : dans le meilleur des cas, l'exploitation de leurs ouvrages ne dépasserait pas la période considérée, et, le plus souvent, le public n'aurait que six mois à attendre pour acquérir un livre à un prix de liquidation. C'est dire que le système envisagé ne profiterait qu'aux auteurs de «best-sellers».

La SGDL, le SNE et le SLF rappellent que la loi de 1981 a bénéficié depuis l'origine d'un très large consensus, parmi les professionnels comme au sein de la classe politique, la loi ayant été votée à l'unanimité, en 1981 comme en 2003 lors de son extension aux ventes aux collectivités.

Cette loi a incontestablement permis un essor du marché du livre grâce à un réseau très dense de points de vente qui garantit la diversité de l'offre éditoriale et, donc, la richesse de la création littéraire. Elle est une vraie loi de concurrence car les différents types de circuits de diffusion, des librairies indépendantes à la grande distribution, en passant par les grandes surfaces culturelles et les librairies en ligne, ont pu se développer sans que l'un de ces circuits n'écrase pour autant ses concurrents. Cette densité et cette diversité des circuits de diffusion permettent à l'ensemble des secteurs éditoriaux de trouver leur public. Enfin, le prix unique a pour autre vertu de contenir l'augmentation du prix du livre. Ainsi, les chiffres de l'INSEE montrent que, sur les dix dernières années, l'indice du prix du livre a évolué deux fois moins vite que l'indice général des prix.

La loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre est une loi concurrentielle et, qui plus est, anti inflationniste. Elle constitue l'une des illustrations les plus éloquentes et les plus concrètes de la diversité culturelle. La guerre des prix que certains veulent engager aboutirait à une liquidation de la culture. Les professionnels sont pleinement disposés à ouvrir la réflexion et le débat sur ce sujet avec les parlementaires mais en prenant le temps nécessaire pour mener des analyses pertinentes.

C'est pourquoi, les auteurs, les éditeurs et les libraires demandent le retrait de l'amendement sur les soldes de livres et en appellent à l'ensemble des parlementaires et au Gouvernement afin qu'ils rejettent ces tentatives de déstabilisation du marché du livre qui seraient ruineuses et irrémédiables pour l'économie du livre et pour la culture.

Communiqué de presse commun au Syndicat de la Librairie Française, au Syndicat National de l'Édition, et à la Société des Gens de Lettres

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Publié par Gaëlle Lenfant
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