Parer au plus pressé. En attendant une grande initiative internationale, les exécutifs locaux organisent, de leur côté, des plans d’aide à la population palestinienne. L’idée est venue de Claude Nicolet, président du Réseau de coopération décentralisée pour la Palestine (RCDP) et conseiller à la Communauté urbaine de Dunkerque (CUB), qui a lancé un appel pressant aux collectivités, en les enjoignant de s’associer à cette initiative et de multiplier les jumelages, en signe de solidarité.
” Des liens existent depuis longtemps déjà entre villes françaises et palestiniennes “, explique Claudy Lebreton, président de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains (FNESR). ” La question est de savoir ce que nous pouvons faire dans l’urgence. Et, surtout, comment acheminer des biens. L’essentiel, c’est d’activer les réseaux et de prendre part aux efforts de reconstruction qui suivront le conflit. ” Suite à une réunion organisée en juillet 2006, le RCDP et Cités Unies France, en concertation avec l’APLA, l’Association des pouvoirs locaux palestiniens, lançaient un appel commun au don pour la création d’un fonds de solidarité et d’aide humanitaire. Une façon de faire face à la situation dans laquelle se retrouvent les populations locales et d’assurer la « continuité de certains services publics fondamentaux » , selon Charles Josselin, sénateur des Côtes d’Armor, vice-président du Haut Conseil de la coopération internationale et président de Cités Unies France. « Notre représentation permanente en Palestine se charge d’évaluer au quotidien les besoins des collectivités dans le cadre de champs d’intervention préalablement retenus, en partenariat avec l’APLA » , ajoute l’ancien ministre qui devrait bientôt se rendre sur place.
Message politique
Face à la dramatique situation à Gaza, Claude Nicolet vient d’annoncer le lancement, auprès des collectivités, d’un fonds d’urgence. “ En 2006, une initiative similaire nous a permis
de récolter 200 000 € au profit de la Palestine, “ souligne le patron du RCDP . ” Nous reconduisons la même opération cette année, parallèlement à une campagne de jumelage à Gaza et en
Cisjordanie. Nous nous apprêtons également à interpeller l’Union européenne pour connaître ses intentions vis-à-vis d’Israël. “
“Enfin, nous demandons aux communes qui disposent d’équipements hospitaliers de prévoir des lits pour les blessés palestiniens “ .
La ville de Paris déploie elle aussi d’importants efforts à destination des habitants de la bande de Gaza. Début février, le Conseil municipal doit d’ailleurs délibérer sur une ligne de crédits d’urgence, dans une fourchette de 100 000 à 200 000 €. “ Ces subventions seront fléchées d’un bout à l’autre de la chaîne, en ciblant très précisément les projets” , souligne un proche du maire. “Elles devraient être reversées à l’ONG Médecins du Monde, déjà présente en Palestine. ”
La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) s’appuie, quant à elle, sur un Comité de solidarité. Sous l’autorité de Michel Vauzelle, président socialiste du Conseil régional, il a débloqué 100 000 €, répartis à part égale entre le Programme alimentaire mondial (PAM) et le tissu associatif, pour secourir les victimes des bombardements. “ Nous avons également organisé une collecte, avec le soutien de la Croix-Rouge, qui nous a permis de recueillir 70 palettes de matériel médical d’urgence, expédiées en Palestine par avion “, précise le chef de file de l’exécutif. ” Ce comité de pilotage nous offre enfin l’opportunité de délivrer un message politique fort pour éviter que le conflit ne s’importe sur notre territoire. ”
Catastrophe humanitaire
Une solidarité dans l’urgence qui repose parfois sur les liens noués, depuis plusieurs années, avec les territoires palestiniens. Déjà jumelée à Safed, en Israël, la ville de Lille a établi des contacts avec Naplouse, peu de temps après les accords d’Oslo (1993). Cette politique s’est traduite par un jumelage, en juin 1998, et la volonté de développer des relations tripartites entre la capitale des Flandres, Safed et la ville palestinienne. L’an passé, le Conseil municipal a ainsi autorisé le versement d’une cotisation de 7 500 € au RCDP. Une aide étendue à Gaza alors que la situation tourne à la catastrophe humanitaire. L’ONG « Help Doctors » a été envoyée sur place. Dépêché à Gaza par les Communautés urbaines de Lille et de Dunkerque, Régis Garrigue, médecin urgentiste, raconte l’horreur : « Il n’existe aucune trêve humanitaire, aucun corridor . Nous sommes rentrés en Palestine par l’Egypte, avec l’aide de l’Ambassade de France au Caire. Et depuis notre arrivée, nous avons évité de justesse deux bombes. Les hôpitaux sont visés et aucune protection des humanitaires n’a été prévue. »
De son côté, la commune de Rezé, en Loire-Atlantique, coopère activement, depuis un an et demi, avec Abu Dis, ville palestinienne coupée de Jérusalem par le mur de sécurité. Début novembre, une
délégation s’est rendue sur place pour évaluer les besoins. C’était avant l’intervention israélienne. « Notre rôle est d’abord de faire connaître la situation des
Palestiniens » , résume le maire, Gilles Retière. Lequel envisage de traduire les textes se référant à la Palestine, rédigés pour l’essentiel en anglais, afin d’informer la
population. Et de coopérer dans différents domaines : développement des services publics, accueil d’étudiants palestiniens - cinq vivent actuellement à Rezé -, échanges entre universitaires,
plan d’aménagement urbain, construction d’un centre dédié à la musique… Manière, pour l’élu, de se projeter dans un futur proche porteur d’espoirs alors qu’une trêve fragile se dessine.
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