27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 22:20

J'étais cet après-midi au Camp des Milles, pour une commémoration importante. Le 27 janvier est une journée particulière, mais lorsque l'on commémore la mémoire des victimes de la Shoah en un tel lieu, les mots et les choses résonnent d'une émotion singulière. Comme ce train, passé juste après que les noms de la centaine d'enfants morts dans des conditions terribles ont été énoncés par des enfants d'aujourd'hui...

Voici copie du discours que j'ai eu l'honneur de prononcer puisque je représentais le Président Michel Vauzelle :


Monsieur le préfet,

Mesdames et messieurs les parlementaires

Madame la députée-maire

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le consul général d'Israël, Madame la consule générale des États-Unis,

Monsieur le président de la Fondation « Mémoire et Education » du Camp des Milles, cher Alain Chouraqui,

Madame Toros-Marter, présidente du Conseil représentatif des institutions juives de France pour Marseille et la Provence,

Mesdames et messieurs les présidents d’associations,

Mesdames, messieurs,

Il y a, dans la vie d’une élue de la République, des moments où l’émotion intime va de pair avec l’intense émotion publique. C’est ce moment rare et précieux qu’il m’est donné de vivre à vos côtés, ès qualités de vice-présidente du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, représentante personnelle de son président Michel Vauzelle.

Toujours guidée au quotidien par le devoir de mémoire et l’impératif de vigilance, je mets un point d’honneur à affirmer solennellement ici notre respect, notre affection, notre fidélité aux six millions d’enfants, de femmes et d’hommes victimes de l’extermination raciale, de la folie meurtrière nazie  à l’encontre des handicapés, des malades mentaux, des Tsiganes, des homosexuels, des croyants de toutes confessions, des démocrates, et des Juifs.

Nous sommes rassemblés ici pour continument vivifier le mot d’ordre de Primo Levi :

« N’oubliez pas que cela fut,

Non ne l’oubliez pas,

Gravez ces mots dans votre cœur,

Répétez-les à vos enfants… »

Ici en Provence, où nous honorerons la mémoire d’Albert Camus en 2013, je me plais toujours à placer mon propos sous l’exergue de ces mots superbes de Camus :

« Qui ne répondrait en ce monde à  la terrible obstination du crime, sinon l’obstination du témoignage ? »

Si l’émotion m’étreint, c’est aussi parce qu’ici, dans ce Camp des Milles, depuis quelque 20 années, depuis le début des années 1990, grâce notamment à Simone Veil, Alain Chouraqui et à tous les militants du devoir de mémoire, le vert de l’espérance l’a emporté sur le noir de la douleur ; vous avez su relever les guérets du désespoir pour préparer des lendemains meilleurs, d’éducation et d’élévation de l’esprit. Vous tous rassemblés dans ce lieu où 10.000 personnes furent internées puis déportées, vous illustrez par votre action, par votre présence, les mots fameux en Provence, mots de Frédéric Mistral :

« Verse-nous le souvenir du passé et la foi dans l’an qui vient… »

A tous les membres des associations de sauvegarde des mémoires des déportations et des génocides, j’adresse les respectueuses et fraternelles salutations du Président de la Région, Michel Vauzelle.

A tous nos concitoyens ici présents, tout particulièrement aux enfants des écoles, aux élèves des collèges et des lycées, aux membres du corps enseignant, j’exprime ma reconnaissance pour votre présence. Penser aux morts, c’est en effet assurer la survie des gens que l’on a aimés, en attendant que d’autres le fassent pour vous.

Ce rendez-vous de la mémoire, de la fidélité, du souvenir, de l’honneur et de l’humanité, nous permet d’évoquer sans relâche notre France, cette France chantée par Jean Ferrat, l’auteur de « Nuit et Brouillard » dans sa chanson « Ma France » :

Notre France, c’est bien celle des Justes des Nations, mus par le refus de l’indifférence, le devoir de solidarité, le refus de l’exclusion qui caractérise le régime de Vichy.
Notre France, c’est celle des habitants de Saint-Martin-de-Vésubie, dans les Alpes Maritimes, accueillant des centaines de Juifs pourchassés par la Gestapo de Nice en 1943.
Notre France, c’est celle de la Résistance, et notamment des réseaux de la Résistance juive.
Notre France, c’est celle de Jean Moulin, préfet de la République révoqué par Vichy , Jean Moulin, l’enfant de Saint-Andiol, en Provence, parachuté chez lui, sur Fontvieille, par une nuit de pleine lune, le premier janvier 1942, il y a 70 ans.
Notre France, c’est la France des militaires, des saints-cyriens d’Aix-en-Provence engagés dans l’Organisation de Résistance de l’Armée.
Notre France, c’est celle de Varian Fry et du Comité américain de secours.
Notre France, c’est celle d’Elie Wiesel, écrivain et Prix Nobel de la Paix, roumain de naissance, oui j’ai bien dit roumain de naissance, adolescent rescapé des camps de la mort, amoureux de la France des Lumières. Elie Wiesel parle d’or lorsqu’il nous invite à honorer aussi la mémoire des victimes du génocide arménien en écrivant :

« Tolérer le négationnisme, c’est tuer une seconde fois les victimes… »

La France que j’aime, c’est aussi la France de Robert Badinter, ministre de la Justice, Garde des Sceaux qui dépénalisa l’homosexualité réprimée par Vichy ; c’est celle du guitariste Django Reinhardt, tsigane, handicapé, partant à la conquête du public depuis le quartier marécageux de la Rode à Toulon…

Je veux saluer ici, au travers Alain Chouraqui, tous les universitaires, notamment de l’Institut universitaire d’études juives de l’Université d’Aix-Marseille et de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, sans lesquels la mémoire de la déportation et de la Résistance ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Cet enseignement de la Résistance, de la Déportation et de la Shoah, est une impérieuse nécessité par ces temps de banalisation des national-populismes au cœur même de l’Europe, notamment en Hongrie.

De nos jours, le temps long est battu en brèche par l’instantanéité, la perte de mémoire et l’oubli de l’Histoire menacent ; c’est dire l’ampleur de la tâche pour les responsables politiques et associatifs, les enseignants et tous les démocrates : on oublie trop souvent que, sans le génocide arménien, la Shoah n’aurait pas eu lieu…

Je le répète inlassablement comme vice-présidente de la Région en charge des solidarités : le bonheur individuel se doit de produire des retombées collectives, faute de quoi la société ne sera qu’un rêve de prédateur dans la jungle.

Nous avons récemment inauguré le Musée Jean Cocteau à Menton. Comment, ici, aux Milles, ne pas repenser à ces mots célèbres de Cocteau :

« Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants… »

Ma conclusion résonnera comme une exhortation : puisse notre pensée recueillie, ici , aux Milles, voguer vers tous les déportés, vers toutes les victimes des génocides, des exclusions et des discriminations, par-delà le temps qui nous sépare, grâce à cette mémoire qui heureusement nous unit.

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Publié par Gaëlle Lenfant - dans En action
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