14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 17:54

Après les annonces du gouvernement concernant l'aire métropolitaine de Marseille, je vous propose de lire cette tribune que j'ai écrite avec Loïc Gachon, maire de Vitrolles, et qui a été publiée aujourd'hui sur Mediapart :

L’actualité et le gouvernement ont remis en lumière la question de la métropole marseillaise. Beaucoup de commentaires ont stigmatisé la classe politique locale, soupçonnée de se centrer sur des intérêts particuliers au mépris de l’intérêt général des habitants de ce territoire. Les motivations des élus sont bien évidemment plus complexes. Les difficultés rencontrées dans la structuration métropolitaine s’expliquent par des contextes géographiques et historiques originaux et sans équivalent en France.

L’aire métropolitaine marseillaise est une réalité économique et sociale indiscutable. La chambre de commerce et d’industrie, l’organisation portuaire, l’académie, plus récemment l’université ont intégré cette dimension. Cette réalité métropolitaine ne s’est néanmoins jamais traduite dans l’organisation administrative et politique, butant régulièrement sur des aspects culturels, identitaires et, par voie de conséquence, électoraux. 

Aujourd’hui, à l’heure où l’investissement public comme privé se tarit, où la concurrence internationale s’accélère, où les grandes métropoles françaises trouvent une allure de croisière, Marseille et son aire métropolitaine ne peuvent en rester au statu quo. Il nous appartient de faire émerger le projet métropolitain qui nous permettra d’aborder les enjeux du siècle. C'est aujourd'hui la volonté du gouvernement, et c'est une bonne chose. Il faut qu'ici, nous nous saisissions de ce volontarisme politique pour construire notre projet.  

Marseille est un port, elle est tournée vers les lointains et singulièrement l’Afrique. Ville d’immigration et de commerce, elle a naturellement, au cours des deux derniers siècles, accentué son caractère cosmopolite. Entre la mer au sud et à l’ouest et une couronne de hautes collines, Marseille a internalisé sa proche banlieue et porté à plus de 20 kilomètres la majorité de ses villes périphériques. Excentrée sur son vaste territoire, elle n’a pas pu, à l’inverse de toutes les autres grandes agglomérations françaises, jouer le rôle de centralité qui lui appartenait naturellement.

Au cours des années 1990-2000, Marseille a développé une attractivité nouvelle, notamment au travers de son intérêt touristique. Cette évolution aurait pu permettre de solidariser l’arrière-pays sur sa ville capitale en lui donnant un rôle moteur pour l’attractivité de toute l’aire métropolitaine. Les hésitations politiques et économiques, l’aggravation de la situation sociale, ont sérieusement entaché cette perspective. Quelques projets discutables et un accroissement flagrant des disparités territoriales au sein même de la cité phocéenne ont fini de décrédibiliser Marseille et son rôle de pilote.

Marseille ne peut exiger de son aire métropolitaine qu’elle paye pour elle les choix qu’elle n’a pas su faire. Elle a la responsabilité, avec ses moyens propres, d’assumer ses compétences de ville. 

De « l’autre côté des collines », les villages et petites villes qui ont beaucoup grossi, en particulier au cours des années 70-80, se sont constitué, parfois artificiellement, de nouveaux repères, pôles commerciaux, culturels ou économiques plus accessibles, plus proches et plus rassurants que la grande ville réputée hostile. Ils ont donc cultivé au fil des décennies des identités de plus en plus divergentes.

Six intercommunalités de taille et de puissances comparables coexistent autour de Marseille. Cette organisation touche à l’absurde avec la répartition du bassin d’emploi de l’est de l’étang de Berre sur trois d’entre elles. Dans le domaine des transports, comme dans celui du développement économique ou de la formation et de l’enseignement supérieur, on ne compte pas les sujets de conflits plus ou moins ouverts, entretenus par les pôles urbains afin de conserver, voire de développer, leur autonomie et leur identité. Les atermoiements initiaux du projet Marseille Provence capitale européenne de la culture en 2013 sont à ce titre riches d’enseignements, tant il a fallu faire preuve d’astuces et de stratégies pour réussir à impliquer tout le territoire.

Cette concurrence permanente est devenue un véritable frein aux projets innovants et structurants, en particulier lorsque ceux-ci doivent s’envisager à une échelle globale. Les EPCI (Etablissement public de coopération intercommunale), aux légitimités égales, arc-boutés sur les éléments qui font sens depuis leurs villes-centres, peinent à intégrer des enjeux qui dépassent leurs limites administratives. Il s’agit évidemment d’un problème de leadership auquel la communauté urbaine de Marseille ne peut prétendre seule. Pour autant, les territoires voisins ne peuvent se désintéresser de la situation marseillaise qui les impacte au quotidien, et dont la résolution est indispensable à leur développement et à leur rayonnement. L’échec de Marseille serait l’échec de l’ensemble du territoire. 

Conscient de l’enjeu républicain, européen et euro-méditerranéen que constitue le développement du territoire métropolitain, l’Etat a décidé d’assumer un rôle de médiation, d’impulsion et d’arbitrage. Il est de sa responsabilité d’aboutir rapidement sur cette question séculaire. 

Il doit néanmoins éviter deux pièges délétères, qui conduiraient immanquablement à un échec :
- une intégration large et à marche forcée, qui s’apparenterait à une fusion absorption et qui pousserait les communes périphériques et les intercommunalités à utiliser tous les moyens juridiques, politiques et administratifs pour bloquer cette évolution. Un conflit long et usant serait certain et très destructeur. L’exercice difficile des compétences de proximité transférées au sein de la communauté urbaine de Marseille servant alors d’épouvantail pour tous les territoires voisins.
- une structuration axée sur la question des limites de cette aire métropolitaine, qui par nature sont floues et vont bien au-delà des six intercommunalités aujourd’hui interpellées par l’Etat. Elle aurait pour conséquence de chercher à exclure plus qu’à intégrer et de se concentrer sur les enjeux périphériques et non sur les enjeux du cœur métropolitain

Le projet métropolitain est une nécessité. C’est à cette échelle, et seulement à cette échelle, que pourront être pris en compte les besoins de plus en plus criants d’une population depuis longtemps métropolisée de fait. Marseille, comme l’ensemble de l’aire métropolitaine, a besoin de ce souffle innovant qui fait fi des questions de préséances, des répartitions fiscales, des points de vue autocentrés.

Remettre l’intérêt du territoire, de ses habitants, de ses visiteurs, au cœur d’une vaste stratégie publique de développement durable, intégrer les alternatives à la voiture qui sature les villes et les axes de circulation, envisager les évolutions et reconversions industrielles que le territoire devra surmonter, faire émerger les filières porteuses de nos développements futurs, garantir notre offre de formation, … voilà quels sont nos enjeux. 

Les questions de structuration administrative et politique, les questions fiscales, sont évidemment importantes, mais elles ne sauraient constituer le point de départ d’un projet structurant au regard de l’Histoire de Marseille et de la Provence.

Nous appelons donc l’ensemble des acteurs concernés, Etat, Conseil régional, Conseil général, EPCI, communes, chambres consulaires, université… à se rassembler pour que chacun acte la place incontournable de Marseille pour l’avenir de notre territoire et de ses habitants, travaille ensemble à la définition des axes prioritaires du projet métropolitain et s’engage sur un acte fort et concret au bénéfice de tous.

Notre responsabilité d’élus locaux est d’affirmer que l’urgence est la mise en œuvre opérationnelle, à court terme, d’actions concrètes. C’est la condition indispensable pour rendre crédible cette démarche ambitieuse.

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Publié par Gaëlle Lenfant - dans Mes convictions
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