25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 22:05
05-Marseille-22-mai-2008.jpgLa semaine dernière, un drôle de débat s'est engagé au sujet des retraites, où l'on a pu croire que les socialistes souhaitaient désormais reculer l'âge auquel on peut légitimement souhaiter passer à autre chose que le travail, 60 ans.
Vous avez été plusieurs à me faire part de vos craintes, et de vos attentes envers le Parti Socialiste, face au démantèlement qu'organise la droite dans ce domaine également. Je voudrais vous donner mon analyse de la situation.

En tant que responsable politique, je m'inquiète beaucoup de ce que la droite compte faire de nos retraites en 2010. D'autant que, vous le savez peut-être, je me préoccupe de la façon dont nous pouvons remédier aux inégalités entre les femmes et les hommes. Or, les retraites sont un facteur d'inégalité particulièrement fort, que la droite vient encore de renforcer sciemment, en sortant du débat global sur les retraites la question de la Majoration de Durée d'Assurance (lire ce précédent billet) La question des retraites des femmes est un dossier sur lequel je me pencherai particulièrement en 2010.

ViaMichelin copyJ'ai encore en mémoire l'immense mouvement populaire de 2003. Quel écoeurement j'en garde... Nous défilions, à Marseille, du vieux port jusqu'au stade vélodrome, et lorsque les premiers arrivaient, les derniers n'étaient pas encore partis. Le soir, on annonçait 15 000 manifestants... Pour qui connaît Marseille, ce chiffre semblera aussi ridicule que ce qu'il nous a semblé à l'époque. Nous avions voulu louer le vélodrome, pour prouver notre nombre : refusé ! Nous avons fait grève, des jours et des jours, pour le combat fondamental pour nos retraites, mais la droite n'a rien écouté, rien entendu, et Fillon a déroulé sa réforme sans que le Parti Socialiste, les syndicats ou qui que ce soit ne puisse l'en empêcher. Une réforme qui se basait sur 5% de chômage, voyez un peu le sérieux de la chose...

Preuve que notre stratégie n'était pas la bonne, depuis, la droite joue de ce traumatisme, qui déstabilise la gauche politique et syndicale et les citoyen-nes. "Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit" ricanait même Sarkozy au sujet du service minimum... Bien sûr, nous l'avons fait mentir, bien sûr nous avons lutté, mais comment faisons-nous pour les empêcher de détruire ce à quoi nous tenons ? Sécurité sociale, éducation nationale, services publics... Ils ont le pouvoir, oui, mais nous devons, nous, trouver une méthode nouvelle pour nous opposer, pour proposer et nous faire entendre sur ces propositions.

Les français disent aux socialistes  "vous ne proposez rien" J'entends, nous entendons cette critique, et nous en prenons notre part. Mais tout de même, prenons la mesure de qu'est notre pays aujourd'hui : un état à la botte de Sarkozy, chef de l'UMP. Des collectivités territoriales, elles, où la gauche est majoritaire (et qui peut croire un instant que les socialistes qui dirigent ces collectivités ne proposent rien ??) que l'on tente d'étouffer. Coup de ciseau ici, suppression de la taxe professionnelle là, suppression des conseillers généraux et des conseillers régionaux, scrutin uninominal à un tour...
Nos propositions, car nous en faisons, quels relais trouvent-elles ? Comment font, pour les connaître, celles et ceux qui n'ont ni le temps, ni le courage de se rendre sur le site internet du Parti Socialiste, celui du groupe SRC à l'Assemblée , celles et ceux qui ne connaissent pas personnellement un-e élu-e, celles et ceux qui, toute la journée, ont tant à faire, et qui n'ont plus le courage, ensuite, de travailler encore à forger la société de demain, parce qu'aussi, personne ne leur dit jamais qu'on a besoin d'eux pour cela. Celles et ceux qui n'ont tellement plus rien qu'ils ne peuvent plus concevoir leur propre avenir...Celles-ci, ceux là, ils écoutent la rumeur ambiante et disent en coeur tout ce que nous ne faisons pas, nous, les socialistes. "Vous ne proposez rien"... Malgré le tour de France du projet, malgré nos projets et programmes pour les élections régionales, "vous ne proposez rien". Lorsque nous voulons débattre à l'Assemblée, les députés UMP désertent l'hémicycle. La suppression du bouclier fiscal ? Ils s'en moquent. Le chef de l'UMP occupe le poste de Président de la Rpublique, et cette droite si dure compte bien s'appuyer là dessus tant qu'elle peut pour privatiser, individualiser, déstructurer. Nous avons le devoir de réagir face à cela. Nous le faisons sur le terarin des élections régionales, et il faut le dire et le redire : nos collectivités territoriales sont un formidable contre-pouvoir, elles sont un outil d'invention de l'avenir sur lequel nous pouvons compter, et les 14 et 21 mars représentent un enjeu d'une immense importance.

Mais les Régions de France ne pourront rien décider en matière de réforme des retraites.

Alors allons-nous encore, en 2010, sortir en masse dans les rues, faire grève, pour nous voir raillés, le soir à la télévision et finalement rentrer chez nous plus démunis que la veille ? Ou allons-nous enfin inventer ce moyen de nous faire entendre ?

Dans ce cas comment faire ? Puisque toutes nos propositions, sérieuses, argumentées, ne sont même pas lues, et encore moins médiatisées, je fais l'hypothèse que Martine Aubry a voulu faire savoir que le Parti Socialiste avait des propositions sur les retraites, et pour ce faire, elle a pensé qu'il fallait des propos dont la droite pensait pouvoir se servir.
Je m'explique : Le PS a beau travailler, on ne l'entend pas. En revanche, il suffit qu'un ou une camarade, qui a envie d'exister un peu dans les medias demande un micro en annonçant une sale crasse pour qu'on lui en tende 50. Martine Aubry qui annonce lâcher la retraite à 60 ans, et sans en avoir discuté auparavant avec qui que ce soit, là, il y a de quoi renvoyer les socialistes dans la panade, non ? Allez, on leur donne une audience médiatique bien large.

Donc, objectif N°1 atteint : beaucoup de français ont entendu que Martine Aubry voulait revenir sur la retraite à 60 ans.

Bien. Nous pouvons donc passer à l'objectif N°2 : expliquer ce que cela signifie. Et Fillon ne devrait pas se réjouir trop tôt des propos de Martine Aubry, il risquerait bien d'être pris à son propre piège.

Ne reste plus qu'à vous proposer de lire le texte ci-dessous, que vous pouvez retrouver sur le site du Parti Socialiste. Et vous dire que pour ma part, j'estime que la possibilité de partir à 60 ans doit être préservée. J'estime aussi que nous avons un énorme travail à faire pour prendre en compte la pénibilité du travail. Il y a encore, dans ce pays, une différence d'espérance de vie de 7 ans entre un ouvrier et un cadre sup. Cela doit cesser. Enfin, les femmes touchent en moyenne 40% de moins que les hommes. Elles vivent leur retraite dans une précarité bien plus grande encore que celle des hommes. C'est un aspect qui doit être pris en compte de façon prioritaire? Je refuse de laisser la droite s'arranger des inégalités entre les femmes et les hommes en matière de retraite. La position de l'UMP vis à vis de la MDA n'est pas acceptable. Si nous voulons vraiment vivre dans un pays où l'égalité entre les femmes et les hommes est réelle, alors il nous faudra lutter sur le plan des retraites aussi, et cesser d'appeler "avantage" ce qui ne sont que des outils de régulation des inégalités.



Retraites: les priorités du PS

Lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, Martine Aubry a réaffirmé les priorités du PS pour une vraie réforme des retraites porteuse de progrès.

Dans leur participation au débat sur les retraites, les socialistes posent trois conditions.

D'abord la sauvegarde du système par répartition. En clair, les salariés payent des cotisations qui sont reversées aux retraités. «Ce n'est pas chacun se débrouille en plaçant de l'argent qui va lui rapporter, c'est la solidarité entre générations», a résumé la première secrétaire du PS.

Ensuite, le maintien du droit de départ à la retraite à 60 ans. C'est la question qui a cristallisé le débat cette semaine. L'allongement de la durée de cotisation a poussé l'âge moyen de départ en retraite à 61 ans et demie environ. Mais il y a une incohérence: même si vous avez cotisé tous vos trimestres - soit 40 ans et demi actuellement - il est impossible de partir en retraite avant 60 ans. Certains prennent leur retraite à 61 ou 62 ans aujourd'hui. Mais ceux qui ont travaillé tôt ou qui exercent un métier pénible doivent pouvoir cesser de travailler à 58  ou 59 ans.

Et évidemment, l'allocation pour chaque retraité d'un niveau de pension qui lui permette de vivre décemment. Actuellement, c'est tout l'inverse:  la moitié des retraités touchent moins de 1.000 euros par mois. Et un million d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Normal? Non.  Mais tristement logique: depuis la réforme Balladur , le niveau des retraites a baissé de 20%. Et une nouvelle baisse de 25% est à prévoir dans les années à venir.

Pour parvenir à cet objectif, le PS se laissera guider par deux principes.

Avant tout, des règles justes. Dans la prochaine réforme des retraites, il faudra prendre en compte la pénibilité du travail. Ainsi, les salariés exerçant les métiers concernés auront la possibilité de partir en retraite avant 60 ans, s'ils ont validés leurs trimestres. De même, les salariés qui sont entrée sur le marché du travail

Une vraie politique pour l'emploi des seniors. Comment débattre sérieusement de l'âge de départ à la retraite quand parmi les plus de 55 ans, seul un salarié sur trois a un travail? Les socialistes participeront à ce débat avec la volonté de permettre à tous de garder un égal accès à l'emploi.

Une fois ces principes affirmés se pose la question du besoin de financement de notre système de retraites: contrairement à ce que disait Nicolas Sarkozy en 2007, il n'est pas équilibré jusqu'en 2020. Il y a même urgence: nous avons besoin de 25 milliards d'euros d'ici 2012, et 68 d'ici 2050. Face à cela, il y a des moyens:

Que les salaires ne soient plus les seuls à financer les retraites. Aujourd'hui, les cotisations retraites ne reposent que sur les salaires. Il est tout à fait envisageable de prélever des cotisations sur les revenus de la valeur ajoutée. Le Fonds de réserve des retraites, laissé à l'abandon par la droite, serait  également d'un secours profitable.

Le PS propose également de prélever des cotisations sur les stocks options, comme l'a préconisé Philippe Seguin. A la clé: rien de moins que 5 milliards d'euros pour contribuer à l'effort de solidarité que représente notre système de retraites.

C'est armé de de ces principes que le PS s'engagera dans le débat, et rencontrera les organisations syndicales, qui doivent rester les interlocuteurs privilégiés du gouvernement.

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Publié par Gaëlle Lenfant
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